sam. Août 17th, 2019

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HISTORIQUE

Kisangani, autrefois Stanleyville jusqu’en 1966, tire son origine du poste colonial fondé en décembre 1883 par l’explorateur Henry Morton Stanley, sur l’île “Wana Rusari”. L’île était habitée par des clans de pêcheurs Enya, en plein milieu des chutes “Wagenia”, surnommées “StanleyFalls” par Stanley. L’île est située à quelques mètres de la rive du site de la ville actuelle, sur la rivière Lualaba qui est un ensemble de 7 chutes réparties sur 100 km entre Kisangani et Ubundu.  Avant de s’appeler “Stanleyville”, on l’a longtemps appelée “Poste des StanleyFalls” ou “les Falls” tout court ou encore “Boyoma” (nom africain des chutes). On nomme d’ailleurs Boyomais les habitants de Kisangani. D’autre part, Kisangani est le nom swahili. En lingala, l’endroit s’appelle Singitini (ou Singatini). Ces deux noms ont d’ailleurs le même sens : “le village dans l’île”.

Le nom “Kisangani” a, semble-t-il, été usité de façon constante par les indigènes, concurremment avec la dénomination “Stanleyville”. Dans le manuel de Swahili édité par les Frères Maristes dans les années 20 (il y a un exemplaire sur  CongoForum et sur le site de Kolwezi), on trouve un exemple de  construction du complément de lieu “depuis X jusqu’à Stanleyville” qui est traduit “toka X mpaka Kisangani”.

Après la fondation du poste, Stanley y a laissé M. Adrien Binnie, un ingénieur Ecossais en charge d’entretenir des relations commerciales avec les autochtones et de représenter l’Etat Indépendant du Congo. Dans la même période, les esclavagistes venus de Zanzibar, généralement erronément appelés “Arabes” par les européens de l’époque (en fait des bantous swahilis islamisés), atteignent StanleyFalls avec à leur tête Hamed bin Muhamed al Murjebi yaani Tippu-Tipp, surtout connu comme “Tippo-Tip”. Ce surnom (“celui qui cligne des yeux”) lui venait d’un tic qu’il avait, en cas de forte émotion. “En ce qui concerne les “Arabes”, il serait plus correct de les désigner par le terme “Ngwana” ce qui veut dire “hommes libres”, par opposition aux esclaves. En effet, cela explique que la version du swahili qui est parlée dans la Province Orientale a été appelée “kingwana” ou “langue des Ngwana”.

Les Ngwana sont des marchands d’ivoire et d’esclaves venus de la côte orientale d’Afrique qui ont dominé la région pendant une cinquantaine d’années.” Les relations entre les fonctionnaires de l’Etat Indépendant et les “arabes” se compliquent. Des combats sont engagés et après de lourdes pertes, le poste a été abandonné en 1887 au profit des esclavagistes.

En 1888, l’Etat Indépendant obtient (après des négociations à Zanzibar) une entente pour l’établissement d’une forme de pouvoir, en nommant Tippo Tip comme premier gouverneur du district de “Stanleyfalls” qui s’étend de l’Est Tanganyika à l’Ituri en passant par le Maniema. Le 15 juillet 1898, le district de Stanleyfalls devient Province Orientale avec comme chef lieu Stanleyville, qui obtient le statut de ville grâce à l’ordonnance Nº12/357 du 06 septembre 1958, qui la divisait en 4 communes : Belge I (Mangobo et Tshopo), Belge II (Lubunga), Bruxelles (Kabondo) et Stanley (Makiso).

Dans le livre ” L’Urbanisme au Congo Belge”, édité par le Ministère des Colonies, sous le Ministre Dequae qui fut Ministre des Colonies entre 1950 et 1954, il est indiqué qu’en septembre 1897, le Révérend Père Gabriel Grison débarque à Stanleyville où il est accueilli par le chef de zone Monsieur Malfayt. Il fonde la mission de Saint-Gabriel et y célèbre la première messe à la Noël 1897. Fin 1900, la mission de Stanleyville est fondée à son tour.

Monseigneur Grison a été enterré à la Mission St-Gabriel et un monument lui est consacré en ville.  En 1957, le roi Léopold III et la princesse Liliane ont fait un voyage de plusieurs semaines au Kivu. Au cours de ce voyage, le Roi assista dans les Virunga aux prises de vues du film « Les seigneurs de la forêt » tourné pour la Fondation Internationale Scientifique dont il était président d’honneur.

Le 30 mars 1957, terminant leur long voyage, le roi Léopold III et la princesse Liliane, arrivèrent à la gare de Stanleyville Rive-Gauche par train spécial en provenance de Ponthierville. Les augustes voyageurs avaient voyagé dans la voiture de service du Directeur Général du C.F.L., voiture transférée pour l’occasion d’Albertville à Stanleyville. A leur descente du train le Roi et la Princesse ont été accueillis par les autorités locales (le seul civil dans l’assemblée est mon père Jean Van Bost, chef de la 1re circonscription du C.F.L. De la gare, ils se sont rendus ensuite à l’embarcadère C.F.L. pour monter dans la vedette du C.F.L. qui les déposa à la Rive-Droite. En 1959, une fois le film terminé, le Roi et la Princesse sont revenus au Congo et le 5 avril, ils rehaussèrent de leur présence la première projection du film au Congo qui eut lieu au Cinéma Palace à Stanleyville. Avant de quitter Stanleyville, le Roi et la Princesse apposèrent leurs signatures à la première page du tout nouveau livre d’or de Stanleyville qui avait obtenu la statut de ville le 1er janvier de cette même année.

En effet, un décret de Gouverneur Général en date du 6 septembre 1958 et entrant en vigueur le 1er janvier 1959 créait la ville de Stanleyville. La ville fut divisée en communes ayant chacune à sa tête un bourgmestre; à la tête de la ville elle-même se trouvait un premier bourgmestre. Les bourgmestres étaient assistés pour la ville par un conseil de ville, pour les communes par des conseils communaux. Les bourgmestres des communes et les membres des conseils communaux étaient élus. Quant au conseil de la ville, il comprenait des membres de droit, les bourgmestres des communes, des membres nommés parmi les représentants de sociétés, des classes moyennes … et des membres représentant les conseils communaux.

La première consultation communale eut lieu à Stanleyville le dimanche 14 décembre 1958. Vers la fin de l’année 1958, la ville est devenue la forteresse de Patrice Emery Lumumba, qui y lance le Mouvement National Congolais (MNC). Après l’assassinat de Lumumba en 1961, Antoine Gizenga y a installé un gouvernement qui a rivalisé avec le gouvernement central de Leopoldville (maintenant Kinshasa). En octobre 1962, Stan comptait encore deux cinémas, des salles de fêtes avec discothèque et des restaurants.

L’hôtel Congo Palace était le rendez-vous des étrangers et les commerces de détails étaient aux mains des Pakistanais et des Grecs. Dans le domaine médical, la ville comptait l’hôpital général de 800 lits, la clinique nationale (ancien hôpital des Européens), un laboratoire et la léproserie de Maleke.

Après la prise de Stanleyville, en août 1964, le lieutenant général Olenga, commandant en chef de l’armée populaire de libération, installe le gouvernement révolutionnaire provincial de Kinghis qui est responsable de nombreuses exécutions au monument Lumumba. Le gouvernement révolutionnaire est également à l’origine de la ruine du commerce car il décide de ramener les prix au niveau de 1960. Le 26 août, le lieutenant général Olenga revenu du front après sa défaite à Bukavu destitue Alphonse Kinghis et son gouvernement est neutralisé.

Par le décret-loi du 5 septembre suivant, la République Populaire Congo est créée et la présidence est confiée à Christophe Gbenye qui reçoit également le titre de chef du gouvernement constitué à Kisangani et reconnu par 7 pays dont l’ancienne URSS et l’Egypte.

Les ressortissants belges sont pris en otage et menacés de mort. Il s’agit de la plus grande prise d’otages du 20ème siècle. Le consul Patrick Nothomb fait tout son possible pour éviter le pire et raconte l’aventure dans un livre. Leur libération par les parachutistes s’effectua dans le cadre de l’Opération Dragon Rouge et de l’Ommegang pour ce qui est des troupes terrestres. Les blindés de l’Ommegang arrivèrent le 24 novembre à Stanleyville.  Qu’est-il advenu des protagonistes de la prise d’otages ? Les plus malins (Olenga, Soumialot, Gbenye) étaient déjà loin quand le parachutage sur Stanleyville s’est déroulé. Ceux qui sont restés ont été dénoncés par la population qui n’avait pas collaboré avec les simba (c’est à dire 1/5e des habitants). D’autres étaient inscrits sur des listes de paie (simba ou fonctionnaires) et les moins malins s’étaient fait faire le portrait en uniforme simba dans un des studios de la ville et ils ont été reconnus. Le Général Olenga  aurait été assassiné en République Populaire du Congo Brazza en 1986.

Le 24 novembre 1964, la ville tombe aux mains des parachutistes belges du 1er bataillon de Diest qui y accueillent la 5e Brigade mécanisée de l’ANC. Dans l’après-midi du 24 novembre, le général Mobutu et l’administrateur en chef de la Sûreté Nendaka débarquèrent à l’aérodrome de Simi Simi à Stanleyville qui était sous le contrôle des parachutistes belges. Ils organisaient le regroupement des otages européens et des habitants étrangers en vue de leur évacuation vers l’Europe. Le général Mobutu était accompagné d’une escorte de parachutistes congolais entraînés par des Israéliens. Il ordonna d’arrêter l’évacuation des réfugiés congolais car plusieurs simba s’étaient échappés en se faisant passer pour des civils.

Victor Nendaka installa un poste de contrôle pour filtrer les Congolais en partance pour Léopoldville et les parachutistes congolais traitèrent les suspects selon des méthodes assez brutales. Beaucoup de militaires et de civils congolais originaires de Stanleyville, dont le gouverneur Mahurubu, avaient perdu leur famille quand les rebelles avaient pris la ville et ils criaient vengeance.

La répression contre ceux qui avaient servi la rébellion débuta à l’aérodrome où les parachutistes congolais avaient mis la main sur plusieurs rebelles mais les cités indigènes y avaient échappé par manque de moyen.   Après l’occupation de Stanleyville par les troupes de la 5e Brigade Mécanisée, la garnison reçut en renfort le 12e Bn commando katangais « Diabos » qui avait rejoint la ville par la voie aérienne et l’administrateur en chef de la Sûreté Victor Nendaka prit la résolution d’organiser des opérations de ratissage dans les cités indigènes, car de nombreux rebelles s’y cachaient et vivaient aux dépens de la population. Il se rendit au QG de la 5e Brigade, où il prit contact avec les officiers de l’Etat Major.

Le 29 novembre, le col BEM Vandewalle établit l’ordre d’opération n° 5 qui donnait pour mission à sa brigade de défendre Stanleyville, de créer une tête de pont sur la rive gauche et de nettoyer les diverses cités indigènes établies autour de la ville européenne. Cette opération consistait à tendre un rideau de troupes entre la ville européenne et les cités avant de les vider de leurs habitants indigènes qui étaient filtrés, puis regroupés dans un endroit public afin de permettre la recherche des rebelles simba et des armes. Avant l’opération, des tracts en trois langues furent imprimés de toute urgence à Léopoldville et des mégaphones furent demandés au ministre de l’Intérieur Munongo. Le 3 décembre 1964, les commandos katangais et le peloton de parachutistes congolais furent engagés dans ces opérations avec l’appui du peloton blindé Kowalski. Les tracts furent lâchés par avion DC-3 au-dessus des cités qui étaient encerclées par la troupe. Puis des soldats firent des appels par mégaphone aux habitants leur demandant de porter un bandeau blanc autour de la tête et de se rendre au stade « Lumumba » où ils devaient être mis à l’abri de toute influence rebelle.

Les soldats passèrent à l’action et fouillèrent chaque habitation des cités indigènes « Mangobo » et « Belge I » qui furent ratissées jusqu’à la Tshopo. Près de 500 rebelles en furent délogés et environ 150 d’entre eux furent dénoncés par la population et conduits par les militaires à la prison centrale pour y être interrogés.

Les individus de nationalité étrangère furent conduits à Léopoldville et écroués à la prison de Ndolo. Le peloton blindé Kowalski et les commandos katangais eurent plusieurs blessés, mais le sinistre Alphonse Kingisi*, qui avait fait exécuter tant de Congolais, fut abattu et son corps fut promené sur le capot d’une jeep avant d’être exposé sur les ruines du monument Lumumba

Ce personnage sans scrupule était un évêque de la secte religieuse Kitawala issue du Watch Tower, mais fortement corrompue par la sorcellerie : elle était xénophobe et repoussait toute autorité humaine et toute règle morale… Le ratissage des cités « Mangobo » et « Belge I » fut suivi le 8 décembre par le bombardement à coups de mortiers lourds de la cité « Bruxelles » rebaptisée « Kabondo » où une patrouille blindée du Lt Kowalski avait subi des pertes.

Cette cité s’étendait le long de la route de l’Ituri, mais la majorité avait fui en brousse et il ne restait que deux à trois mille personnes. La population de « Kabondo » fut rassemblée le 11 décembre au camp Ketele tout proche et cette cité fut également nettoyée de ses rebelles simba.

Les évènements militaires et politiques de 1964 ont été racontés par Jean-Pierre Sonck dans son texte “Echec à l’Armée Populaire”.  Il a été très difficile aux rescapés de la rébellion de ’64 de rentrer en Belgique en raison de la disparition de leurs papiers lors des évènements qu’ils vécurent. L’administration belge exigea tous moyens de preuve pour les autoriser à vivre en Belgique. Le cas de Michèle Zoll est exemplaire. Blessée par balle lors de la fusillade durant laquelle son mari fut tué, il lui fut demandé de prouver qu’elle était bien mariée et que ses enfants étaient légitimes. Des gens connus ont été sollicités pour fournir des attestations sur l’honneur. En mai-juin 1966 est élaborée la loi Bakajika qui définit la propriété foncière et “nationalise” une série de biens privés.
Le 23 juillet 1966, les Katangais du régiment Baka se mutinent pour une question de solde et les Diabos du 12e bataillon commando assassinent le colonel Tshatshi, commandant la 5e Brigade mécanisée. Le 27 juillet de la même année, un cessez-le-feu est obtenu entre les Katangais et les mercenaires du 6e bataillon commando européen du colonel Bob Denard, sous l’impulsion du premier ministre Général de Brigade Léonard Mulamba, accompagné du Ministre de l’intérieur Tshisekedi wa Mulumba.

Deux mois plus tard, les Katangais sont chassés de la ville par les mercenaires de Bob Denard et font retraite vers le Katanga mais ils sont capturés par l’ANC et internés dans des camps d’extermination de l’Equateur. 

Le 5 juillet 1967, les mercenaires conduits par Bob Denard et Jean Schramme se mutinent à leur tour pour tenter de ramener Moïse Tshombe au pouvoir et ils s’emparent de la ville après des durs combats, mais ils ne peuvent résister aux contre-attaques de l’ANC qui réoccupe la ville une semaine plus tard.

En 1999, Kisangani fut le théâtre des premiers échanges de tirs entre l’Ouganda et le Rwanda, épisode dit de la Guerre de 3 jours, du 15 au 17 août 1999, consécutifs à la fin de la coalition anti-gouvernementale du Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD) en deux factions basées à Kisangani et Goma. Les combats concernaient également les mines de diamants situées à proximité de la ville.

La “Guerre des Six Jours” est l’appellation des affrontements meurtriers entre les armées ougandaises et rwandaises sur le territoire de la ville de Kisangani qui subit de nombreux dégâts, du lundi 5 au 10 juin 2000 durant la Deuxième guerre du Congo. Selon le Groupe Justice et Libération, une association des Droits de l’Homme basée à Kisangani, les affrontements causèrent environ 1 000 morts et au moins 3 000 blessés dont la majorité dans la population civile. L’évènement est nommé Guerre des Six Jours car il a duré six jours mais aussi parce qu’il a duré du 5 au 10 juin comme la Guerre des Six Jours entre Israël et la Ligue arabe en 1967. Kisangani avait déjà été la scène d’affrontements entre les troupes rwandaises et ougandaises en août 1999 et le 5 mai 2000. Mais les affrontements de juin 2000 furent les plus meurtriers et ont sérieusement sinistré une grande partie de la ville avec plus de 6 600 obus tirés.

 

 

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