KISANGANI : La guerre de six jours, le spectre de la mort plane toujours.

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La population de la ville de Kisangani commémore le 19ième anniversaire de la guerre ses six jours. Une guerre qui a opposé du 5 au 10 juin 2000 deux armées étrangères sur le sol boyomais. 19 ans après, les traces de cette succession d’affrontements meurtriers entre les armées ougandaise et rwandaise, restent encore visibles.

Dans la commune  Tshopo, l’une des communes les plus touchées par cette guerre des six jours et véritable bastion de l’armée rwandaise transformé en champ des batailles, dix-neuf ans après, les plaies sont encore béantes.

Dans les quartiers les plus touchés, ce sont des traces des bombes et des balles qui sont encore visibles sur les murs et toitures de quelques maisons. En ces endroits durant six jours, la vie était devenue insupportable et avait occasionné plusieurs dégâts humains et matériels. Les habitants de cette commune qualifient cette  guerre d’injuste et qui a été imposée à la population de la ville de Kisangani par les militaires rwandais et ougandais.

Ces affrontements causèrent environ 1 000 morts et au moins 3 000 blessés dont la majorité est constituée  des civils. Quelques blessés et victimes de cette guerre se disent abandonnées à leur triste sort. Dix-neuf ans après, aucune victime n’a obtenu justice tandis que les chefs militaires rwandais et ougandais impliqués dans ce carnage, sont toujours circulent librement.

Des démarches qui n’aboutissent à rien.

Depuis plus d’une année, les victimes de la guerre de six jours de Kisangani mènent des actions  à Kinshasa pour tenter d’obtenir gain de cause. En avril 2018, le 23  et le 24, les déplacés de la guerre de six jours ont fait un sit-in devant la primature de la République. Arrivée le 23, la délégation n’a pas été reçue et a passé nuit à la belle étoile pour être reçue le 24 par un des conseillers du premier ministre.  Les victimes avaient été reçues le 20 septembre 2018 par le Ministre de solidarité  et actions humanitaires, Bernard BIANDO.

Selon Aline ENGBE, porte-parole des victimes de la guerre de six jours, un des conseillers du premier ministre leur avait demandé de patienter après les élections. Mais depuis lors, rien n’a été fait dans le sens de trouver une solution au problème de ces victimes. Actuellement, une délégation de ces victimes séjourne encore à Kinshasa dans l’espoir de trouver une issue favorable à leur revendication.

Les plaies saignent encore

Le souvenir de ces six jours macabres est encore frais dans les têtes des victimes. Tous déplorent l’inactivité du gouvernement et demandent aux personnes de bonne volonté de leur venir en aide.

« Depuis la guerre de six jusqu’à ce jour, j’ai des très mauvais souvenirs. Personne ne nous vient en aide. Que ça soit le Gouvernement central ou le Gouvernement provincial. Nous demandons aux bienfaiteurs extérieurs qui nous écoutent de nous assister. Qu’ils ne nous laissent pas tomber ».

Notre situation ne préoccupe personne. J’ai perdu une jambe alors que je ne savais même pas pour quoi ils se sont battus.

« Nous victimes de la guerre de six jours, sommes devenus des bon-à-rien, des loques humaines. Nous sommes négligés. Si on nous accorde juste une petite importance, on aurait pu voir les gens venir nous assister ».

La guerre de six jours a créé des personnes handicapées. C’est le cas de cette jeune femme qui a perdu ces deux jambes alors qu’elle n’avait que dix ans. C’est avec larmes aux yeux qu’elle raconte cette partie sombre de son existence :

« La guerre de six jours m’a surpris alors que j’étais en troisième primaire. J’avais perdu mes deux jambes et je suis restée handicapée. J’utilise des prothèses pour me déplacer et marcher. Je demande aux personnes de bonne volonté de nous assister parce que nous souffrons. Il y a de ceux là qui gardent des éclats des bombes dans leurs corps jusqu’à ce jour ».

Aujourd’hui nous sommes incapables de terminer nos études parce que la guerre a emporté notre père, explique un homme :

« La guerre de six jours m’a laissé un très mauvais souvenir. J’avais perdu mon père. C’était lui le pilier de la famille. Aujourd’hui, nous sommes orphelins. Nous avons arrêté nos études par manque des moyens financiers ».

Pas de respect pour les morts ?

Depuis plusieurs années, aucune manifestation publique ni officielle n’est organisée pour commémorer ce triste événement qui a emporté des milliers des vies dans la ville de Kisangani. Dans une interview accordée le mercredi 5 juin 2019 au depechesdelatshopo.com, le président du bureau de coordination de la société civile forces vives de la Tshopo déplore l’absence d’un programme officiel des manifestations de grand éclat pour commémorer le 19ième  et triste anniversaire de la guerre de six jours à Kisangani. Pour David Yofemo Malomalo, il est pratiquement inconcevable qu’une telle date passe inaperçue. C’est pourquoi, étant donné que ces affrontements armés entre les armées rwandaise et ougandaise ont eu lieu du 5 au 10 juin 2000, il appelle les autorités tant au niveau provincial qu’urbain de faire quelque chose pendant cette période pour honorer la mémoire des compatriotes victimes innocentes de ladite guerre.

L’indifférence atteint son paroxysme lorsque le cimetière qui abrite les dépouilles de nos frères décédés pendant cette période est laissé à l’abandon. Les herbes ont envahi le lieu et les tombes sont quasiment saccagées. En 2018, dix huitième anniversaire de ce triste événement, c’est un particulier, un cinéaste de son état, qui financé les travaux de désherbage de ce cimetière et avait remis une enveloppe à quelques victimes pour commémorer cette journée.

Sur le plan international.

Le conseil de sécurité de l’ONU adopta la Résolution 1304 aux termes de laquelle le Rwanda et l’Ouganda devaient fournir des réparations pour les pertes en vies humaines et les dommages matériels qu’ils avaient infligés à la population de Kisangani.

En 2005, la Cour internationale de justice, CIJ, avait pourtant rendu un arrêt en 2005, demandant à l’Ouganda de réparer le préjudice causé sur le territoire congolais. La CIJ a reconnu que l’Ouganda a violé le territoire congolais et l’a demandé à réparer. Malheureusement, les négociations entre Kinshasa et Kampala destinées à trouver les modalités de cette réparation n’ont jamais abouti. Puis, plusieurs événements ont poussé le gouvernement congolais à privilégier les relations diplomatiques au détriment des questions de justice. L’arrêt n’a toujours pas été mis en application.

La ville de Kisangani avait déjà subi des affrontements entre les troupes rwandaises et ougandaises en août 1999.  Mais les affrontements de juin 2000 furent les plus meurtriers et ont sérieusement sinistré une grande partie de la ville avec plus de 6 600 obus tirés, selon les rapports des organisations de défense des droits de l’Homme.