Tshopo : Les sénatoriales, Elections de la honte ?

Les élections des sénateurs de la Province de la Tshopo ont eu lieu le vendredi 15 mars dans les locaux de  l’Assemblée Provinciale. A peine les résultats proclamés, les voix se sont levées, selon certains observateurs, pour dénoncer la corruption à grande échelle qui a caractérisé ce scrutin. Les débats vont bon train sur les moyens mis en œuvre par les candidats sénateurs pour remporter ces élections mais aussi sur le profil des sénateurs élus. Pour ces élections, les langues se délient. Les candidats sénateurs sont allés très loin. Certains allèguent même que les députés provinciaux les plus cupides ont été obligés et sommés de rembourser l’argent perçu auprès des candidats sénateurs. Plusieurs parlent d’un mauvais choix des députés provinciaux qui, semble-t-il, n’ont pas privilégié  le choix de la sagesse et de l’expérience.

Le Professeur Bily BOLAKONGA, recteur de l’Université Mariste du Congo et enseignant à l’Institut Facultaire de Yangambi, pense que le sénat n’est pas une chambre des observateurs et des essayistes :

Pr Bily BOLAKONGA

«  Il s’agit d’une chambre des femmes et des hommes mûrs. C’est pourquoi on parle de « Baraza la wa zee » (Conseil des sages). Peut être que la Tshopo a choisi le renouvellement, ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose. Mais ce sont des quasi inconnus qui devront maintenant imprimer leurs marques au niveau national et nous représenter valablement. »

Ces élections qui ont donné envie à plus d’un tout en faisant peur ont fini par lever le voile pour de bon. Pendant que l’on assiste à plusieurs rumeurs allant des accusations ou des calomnies contre les candidats devant une minorité majoritairement élue de quatre sièges ou des électeurs, il y a de quoi se questionner.

Pr Grison Trésor KAKUMBI

Pour le Professeur Grison – Trésor KAKUMBI, Philosophe à l’Université de Kisangani, les dès sont déjà jetés. Il attends des sénateurs élus, des personnes qui travailleraient d’abord pour le bien-être de la Tshopo et de son peuple pour qui ils ont reçu mandat ; des gens qui mettront de côté leurs intérêts égoïstes, politiques (famille politique) voire tribaux (selon que l’on est originaire de telle ou telle autre tribu, tel territoire voire de telle province autre que la Tshopo).

« Pour moi, les personnes attitrées juridiquement (députés) ont décidé du sort de la destinée de la province de la Tshopo en votant quatre sénateurs. Le profil de chaque candidat intéresse et celui de certains inquiète plus d’un dans les couloirs. Malheureusement consumantum est, tout est consommé malgré les résultats provisoires. »

Pour lui, les débats sur le profil, le parcours voire les origines de chaque élu sénateur ne doivent plus faire objet de débats. Mais plutôt le pourquoi (la finalité) de chacun des élus dans cette lourde tâche de servir la province de la Tshopo. »

Prof Alphonse MAINDO

Le Professeur Alphonse MAINDO, Politologue et Professeur à l’Université de Kisangani, pense que le processus dit électoral en cours a été boutiqué de bout en bout par la CENI, Commission Electorale Nationale Indépendante, au profit du FCC, Front Commun pour le Congo. Les résultats des sénatoriales n’ont pas changé la donne, au contraire, ils ont montré la volonté du FCC de conserver sans partage tous les pouvoirs, allant même jusqu’à rafler la mise dans les platebandes de sa nouvelle alliée de la fraude, l’UDPS, Union pour la Démocratie et Progrès Social, parti cher à l’actuel Chef de l’Etat. Selon lui, ce cycle électoral révèle un pan de Joseph Kabila peu ou mal connu :

« Il est un véritable animal politique très rusé. Il a mieux fait qu’en 2006 et 2011. Il dépasse largement Mobutu qu’il vient de détrôner magistralement du cynisme politique en réussissant à se perpétuer dans la peau d’un autre avec plus de pouvoirs que jamais, sans devoir d’en répondre. Qui l’eût cru ? Céder la présidence de la république pour s’octroyer tous les pouvoirs régaliens. Avec une majorité parlementaire (sénat et assemblée nationale) de plus de 3/5ème, il peut réviser la constitution sans difficulté ou destituer le président désigné d’un simple claquement des doigts. »

Ceci constitue, selon ce professeur politologue, un cinglant démenti pour ceux qui croyaient tant soit peu à une alternance politique pacifique en République Démocratique du Congo. Le pouvoir demeure entre les mains de la dynastie Kabila, et même plus solidement qu’avant le processus électoral.

Jean Claude FUNDI

Jean Claude FUNDI, Analyste politique et Rédacteur en chef de la Radio et Télévision Force des Médias, allègue que, par leur vote, les députés devaient doter la province des sénateurs remplis des qualités requises et/ou des vrais ambassadeurs de la province de la Tshopo. Son regret est de constater que les députés provinciaux sont allés en dehors de la volonté du souverain primaire.

« Les informations à notre possession font état d’actes de corruption avérée et une sorte d’escroquerie de la part de certains députés provinciaux. En recoupant les sources, des voix ont été achetées entre 20 à 25.000$. Un amateurisme à outrance qui n’a pas laissé indifférentes toutes les couches de la société qui décrient cette situation. Par crainte ou par honte, certains auraient même remboursés des sommes d’argent car ayant perçu auprès de plusieurs candidats. Il se dégage clair et net que la province de la Tshopo risque de rater pour la seconde fois son décollage si l’on n’y prend garde. »

Jean Claude FUNDI pense, par ailleurs, qu’on risquerait d’assister à la même scène lors des élections des gouverneurs et vice – gouverneurs. Pour lui,  les députés provinciaux nouvellement élus sont loin de l’aspiration du peuple et ne jurent que pour l’argent et seraient prêts à sacrifier les intérêts de la province.

César BANGO BANGO

César BANGO BANGO, Economiste, pense que le sénat assure de manière permanente la continuité d’un Etat. Faisant référence à l’Antiquité, il explique que le sénat regroupe des gardiens des traditions ancestrales, les protecteurs de la république, et, à juste titre, un sénateur doit faire preuve d’une expérience politique avérée de son pays et d’une notoriété sans discussion auprès de sa base.

« Je suis totalement déçu des sénatoriales de Mars 2019. C’est une continuité d’un Etat rongé par la corruption qui recommence, un mal qui a longtemps agenouillé sur tous les plans ce pays… Et pour un pays ou nation qui patauge dans un chaos politique, nous devons être sérieux quant au choix des protecteurs de ces valeurs républicaines. Il s’est dégagé, noir sur blanc, que la corruption était maîtresse des cérémonies… »

Ernest MUKULI

De ces élections des sénateurs, Ernest MUKULI, Journaliste Indépendant et Coordonnateur de l’ONG MEPAD, Médias pour la Paix et la Démocratie, tire deux enseignements qui serviraient des sujets de recherches, au besoin la révision des dispositions légales dans les habitudes des “honorables députés”.

« Quelques temps après le scrutin à l’Assemblée provinciale de Bas-Uélé,  j’ai été surpris de voir dans deux résidences de deux élus sénateurs, les députes provinciaux entrain de festoyer avec le sénateur. “5 députés provinciaux dans la résidence d’un sénateur qui a réussi avec 5  voix”. Ceci sort de l’ordinaire. »

Concernant justement la corruption, le Professeur Bily BOLAKONGA pense qu’on oublie souvent de s’en référer au sens ontologique ou étymologique du concept.

« La corruption, c’est la pourriture, la dégradation irréversible. A qui un corrupteur est – il redevable ? A mon avis, à personne sinon à son moyen de parvenir à son poste. Alors, je vous retourne la question : une telle femme ou un tel homme sera – t – il capable de bien faire ? Quand son esprit est incliné vers des antivaleurs ? Ne va – t – il pas perpétué sa stratégie gagnante partout ? Quelles seraient les dividendes du peuple ? »

Tout le monde déplore la corruption qui a sévit lors des élections sénatoriales du 15 Mars, mais personne ne peut le prouver. Occasion pour Maître Maurice KALE, Avocat au barreau de Kisangani de recadrer les choses :

« Dans tous les cas, dénoncer sans preuve c’est tout simplement une allégation sans fondement et qui peut devenir en droit une imputations dommageable. »

Dans quelques jours, les députés provinciaux devront élire les Gouverneurs et Vice – gouverneurs. D’aucun pense que le même scénario serait de mise.

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