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Université de Kisangani : Réparation, oui ; mais des enquêtes minutieuses et indépendantes s’imposent.

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Le samedi 13 avril dernier, une messe œcuménique  a été célébrée à l’amphithéâtre de l’université de Kisangani en présence d’une délégation venue de Kinshasa conduite par le Conseiller principal du chef de l’Etat en charge de la culture, Art et questions religieuses, Théophile TSHILUMBA WA KABEYA, des autorités politico-administratives, du corps académique, des ouvriers et étudiants. Cette messe avait pour objectif de réconcilier les étudiants et le corps académique mais aussi et surtout réparer les dégâts commis par les étudiant le 7 et 8 février 2019. Une enveloppe, apport de la présidence de la république, a été remise au rectorat de l’Université de Kisangani. Mais pour certains observateurs, ce seul acte ne suffit pas. Il est impératif qu’une enquête minutieuse et indépendante soit diligentée pour mettre fin définitivement à ces actes de barbaries dans les cités universitaires.

Pr Alphonse MAINDO

Le Professeur Alphonse MAINDO MONGA NGONGA, enseignant à l’université de Kisangani, dans une lettre adressée au Président de la république en date du 13 avril 2019, pense qu’il faut « résoudre durablement cette question des violences prétendument estudiantines mais plutôt miliciennes sur le campus. Il ne devrait plus jamais y avoir d’agression contre ce qu’il y a de plus sacré dans la société, les éducateurs. Tout en me réjouissant de la réparation des biens des victimes par l’Etat, je tiens à attirer votre attention particulière sur les besoins de réparation psychologique et morale. Cela exige de connaître la vérité sur les actes, leurs auteurs et leurs mobiles. Il n’y a pas d’authentique réparation sans la vérité et la justice tout comme il ne peut pas y avoir de réconciliation durable sans réparation fondée sur la vérité et la justice. En escamotant ou pire en fuyant la vérité et la justice, la réconciliation et la réparation faites ce samedi 13 avril à la veille du dimanche des Rameaux ne seront que de la poudre aux yeux, avec un risque élevé de récidive et de vengeance. Tant que la collectivité  paiera pour les fautes des individus plus ou moins connus de tous sans même les identifier, rechercher leurs mobiles et leurs commanditaires, ces actes se reproduiront assidument sans désemparer ».

L’auteur de la lettre  estime que  les décisions rectorales ont été  prises après atermoiements funestes et avec précipitations inconsidérées. Ces mesures, selon lui,  ne résistent pas à l’examen du premier observateur de rue.

« D’abord, aucun des 5 étudiants soupçonnés de meurtre par immolation sur le campus en janvier 2019 n’a été sanctionné. Or, ce sont leurs frères ethno – régionalistes qui avaient attaqué le 7 février 2019 le bâtiment administratif et y avaient saccagé les biens pour exiger leur libération du reste payée par une personnalité politique, député provincial de son état. Les assaillants n’étaient pas encagoulés et demandaient à leurs otages de les prendre en photo et de les filmer depuis les étages du BATAM. Ce qui avait été fait. Ensuite, le 8 février 2019, ce sont des « étudiants » instrumentalisés par un professeur et ancien responsable de l’université qui sont réputés avoir attaqué en plein jour et sans cagoule les professeurs dans leurs résidences au quartier Pasteur ».

Il pense que la nation ne doit pas se contenter des boucs émissaires injustement et gratuitement mis au ban. Selon le contenu de sa lettre, parmi les 6 étudiants sanctionnés par un renvoi définitif pour les actes sauvages du 7 et 8 février 2019, il y a lieu de noter curieusement (1) un individu ayant fini ses études à l’Université de Kisangani  depuis 2 ans !, (2) un étudiant qui passait ses interrogations aux dates et aux heures des agressions (preuves à l’appui), (3) un étudiant qui battait sa campagne électorale pour être représentant, (4) un étudiant absent de Kisangani depuis le 20 décembre 2018, (5) un étudiant venu récupérer la mitraille des biens calcinés pour sa survie, etc.

« …Ce survol rapide de la décision rectorale témoigne d’une mesure fantaisiste et injuste dont l’objectif pourrait être la dissimulation des faits et la protection de leurs auteurs….Des sources concordantes, les noms des personnes renvoyées de l’Université ont été soufflés à l’oreille du comité de gestion par la coordination des étudiants qui est réputée avoir coordonné justement l’assaut contre le BATAM le 7 février. D’ailleurs, cette coordination a ouvertement revendiqué la poursuite des actions jusqu’à la libération de deux étudiants soupçonnés de meurtre. Il m’a été rapporté qu’il s’agirait clairement d’un règlement des comptes contre ceux qui dénonçaient la mauvaise gestion des fonds de la coordination des étudiants et d’une distraction pour dissimuler les vrais auteurs des troubles à l’université qui n’ont que trop duré ».

Deux poids, deux mesures ?

Le professeur Alphonse MAINDO se pose la question de savoir   quelle est la garantie de sécurité qu’un professeur a aujourd’hui de ne pas être agressé dans une salle de cours par des étudiants quand il a été attaqué devant et avec sa femme et ses enfants voire des petits-enfants ? De ce fait, il préconise des mesures conservatoires telles que autorisation permanente de port d’arme ou assignation des gardes du corps armés pour la sécurité des personnels aux frais de l’Etat ; l’institution et la mise en œuvre d’une commission indépendante d’enquête mixte comprenant les délégués des professeurs, du personnel scientifique, du personnel administratif et technique, des étudiants, de la police, de l’agence nationale du renseignement et du parquet, notamment. Cette commission devra, selon lui,  couvrir également tous les faits de violence perpétrés dans les milieux universitaires de Kisangani y compris l’incendie criminel de l’Institut Facultaire Agronomique de Yangambi, l’attaque barbare de l’Université Mariste du Congo et les expéditions punitives contre certains membres de la communauté universitaire, la milicianisation des milieux universitaires, etc.

Pr Bily BOLAKONGA

A ce niveau, sa préoccupation rejoint celle du Professeur Billy BOLAKONGA qui estime que l’on ne doit pas s’arrêter à des démonstrations ostentatoires qui s’apparentent à des parades nuptiales ni à des formulations diplomatico-religieuses encore moins à des mesures cosmétiques. Il faut aller jusque dans le fond du problème, déceler les contours, identifier les vrais auteurs, co-auteurs, exécutants et tireurs de ficelles éventuels.

« Il faut un diagnostic complet du problème pour espérer extirper le mal. Ce comportement va-t-en guerre semble s’être incrusté dans la ville par des écuries obscures du feu qui jouent au pyromane. L’on devra se rappeler que la première institution touchée par ce drame fut l’IFA-Yangambi qui attend encore réparation et qui n’a jamais bénéficié d’un simple début de dédommagement et pourtant des accords existent; des idées plus ou moins claires remontent aux tireurs de ficelles qui avaient quasiment encouragé les auteurs des incendies tout en se  félicitant en privé de ce qu’ils considérait alors comme des actes de bravoure pour appuyer leurs élans hégémoniques. Plus récemment et avant l’Université de Kisangani, ce fut l’Université Mariste du Congo qui a payé un lourd tribut car ayant été agressée par une horde des voyous aux méthodes similaires à celles employées à l’IFA-Yangambi ».

L’UMC a été attaqué e, novembre 2018 et, cinq mois plus tard, elle n’a jusqu’alors bénéficié d’aucune attention ni de la part du Gouverneur sortant qui, selon le recteur de cette institution supérieure,  avait pourtant reçu le mémorandum de l’UMC sans jamais prendre la peine même d’accuser réception, ni de la sympathie d’une quelconque autorité ecclésiastique. Même la justice n’a jamais ne serait-ce qu’entamer l’esquisse d’une enquête.

Au Professeur Bily BOLAKONGA de conclure : « Pour moi, il faut donc des enquêtes sérieuses pour mettre fin durablement à cette situation en décourageant les acteurs impliqués quels qu’ils soient via des sanctions exemplaires ».

Pour plusieurs observateurs, la cérémonie du samedi 13 avril à l’Amphithéâtre de l’Université de Kisangani visait plus à sauver une année académique qui s’acheminait tout droit vers une année blanche.

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